Cahier n°21 – Expérimenter l’Organicité, du ressenti au bâti

Sommaire

  • L’âme du monde , écopsychologie et organicité
    • Mohammed TALEB, philosophe
  • Cantercel, une expérience organique et pédagogique
    • Jean-Pierre CAMPREDON, architecte
  • Qu’est-ce que l’organicité en architecture ?
    • Luigi FIUMARA, architecte

Edito

L’architecture organique vient du fond des Ages.

Elle chemine lentement, comme la vérité, dans des atours plus ou moins sobres selon les époques et les occasions. Elle est multiple et diverse, comme le vivant.

Comme le vivant, elle répond à des principes simples : germe, naissance, croissance, adaptation, transformations.
Comme le vivant elle s’enracine dans un environnement – à la fois terrain, climat et territoire – d’où elle tire sa subsistance (ainsi peut-on envisager les flux qui l’alimentent), et sa croissance – via les matériaux de construction qui servent à sa réalisation.

Elle s’adapte aux besoins de son époque (par ses fonctions, la destination de ses locaux, l’évolution de ses caractéristiques techniques et celle des exigences auxquelles celles-ci doivent répondre) et se transforme (agrandissements et modifications, démolitions, réhabilitations et recyclages).
Et comme pour tout être vivant, il ne s’agit pas seulement d’un corps – ici bâti – mais aussi d’une âme – ici celle du lieu – venue s’incarner dans ce corps-bâti.

Si aujourd’hui chacun s’accorde à reconnaître que certains lieux, certains bâtiments, certaines villes, ont une âme, d’où vient-elle ? 
Et si ces lieux ont une âme, et pas seulement un climat et un paysage ou une silhouette, qu’en est-il de la planète qui les relie ?

Et si la Terre elle-même est vivante et pourvue d’une âme, quels moyens avons-nous pour percevoir ce qui serait alors l’Âme du monde, pour entendre son chant et nous laisser ravir pour nourrir la nôtre d’émerveillement ? 

Quel effet sensible produit-elle alors sur l’habitant, le passant, le citoyen ?
Quels moyens avons-nous pour la manifester à travers nos édifices et nos villes, là où l’urbanisation galopante vient remplacer son incarnation initiale dans les paysages naturels ?

D’autant que la tentation est grande de vouloir la manipuler, la transformer en spectacle au prétexte de la magnifier, la vidant malencontreusement de sa substance et du sens profond de reliance qu’elle véhicule en l’artificialisant à outrance. Comment définir alors une architecture véritablement organique, la cerner, la reconnaître, la bâtir, afin qu’elle puisse à nouveau donner sens à notre vie ?

A l’heure des questions fondamentales que l’humanité se pose aujourd’hui en terme d’avenir, il est urgent de revenir à cette définition fondamentale de la croissance, celle du développement d’un organisme vivant et sensible, afin de l’accompagner certes, mais aussi, au delà d’assurer notre mutuelle survie, afin de poursuivre la grande aventure de notre évolution commune, ensemble.

Sonia MALEMANT
Architecte