Cahier n°19 – Entre Ciel et Terre, tracés subtils de l’Architecture

Sommaire

  • L’Art des cathédrales
    • Luc DUINA, architecte d’intérieur
  • Le Goethéanum et les tracés directeurs
    • Pierre TABOURET
  • Architecture sacrée et esthétique contemporaine
    • JV KRUMMENACKER, architecte
  • La coudée du lieu au collège de Drulingen
    • JV KRUMMENACKER, architecte
  • Le Hameau des Buis, expérience écologique et architecturale
    • Nathalie CALME et Mohammed TALEB
  • Les tracés sacrés de l’architecture du Hameau des Buis
    • Joël FRANCQ

Edito

Lorsqu’on étudie les architectures du passé, qu’on s’intéresse aux édifices sacrés, on ne peut que s’émerveiller devant la somme de sagesse qui y est contenue, cristallisée dans la pierre.

Les grands temples de l’antiquité, les pyramides, et, plus près de nous, les cathédrales, renferment des secrets de construction – connus jadis des seuls « initiés »- faisant appel à des connaissances de l’astronomie, de la géométrie et des rapports arithmétiques.

Le système de mesures utilisé pour la construction – le pied, le pouce, la coudée – était issu du corps humain, dont la projection dans l’espace est à l’image de certains de temples tels ceux de Louxor ou de Jérusalem. Ces mesures étaient mises en relation selon des nombres choisis, un ensemble de rapports et proportions définis sous-tendant le plan de l’édifice. Le bâtiment s’inscrivait ainsi dans des tracés régulateurs, conçus selon les lois de la géométrie sacrée, en correspondance avec des lois cosmiques et leur reflet dans l’homme.
Tout avait un sens et une signification, et agissait donc de manière harmonique pour relier ciel et terre, manifester le divin dans le terrestre.

Avec l’intérêt pour l’archéologie, l’histoire des civilisations et de l’architecture, ces connaissances perdues ont été redécouvertes et divulguées tout au long des dernières décennies.

A notre époque où les performances techniques, les lois mécanistes et économiques régissent la construction, les principes de l’architecture sacrée peuvent paraître lointains ou révolus. 
On peut se demander cependant s’il est possible de travailler aujourd’hui de manière nouvelle dans cette direction ?

Avec son intuition géniale, le Corbusier avait déjà cherché à mettre au point un système de mesure -le Modulor- et à réinventer le « sacré » pour ses églises.
Mais l’esthétique contemporaine peut tomber dans l’abstraction voire même l’inversion, si la signification du geste architectural n’est pas écoutée et perçue dans sa vérité, et si elle n’est pas élargie aux niveaux symboliques et transcendantaux.

Lorsqu’on étudie le processus de conception d’un bâtiment, basé sur des tracés géométriques ou harmoniques, sur les nombres et les rapports de proportions tissés dans l’espace, l’édifice apparaît comme enclos dans une trame subtile qui le relie à des forces universelles, où chaque partie est reliée au Tout et où l’homme se trouve relié à l’univers.

C’est ainsi que les connaissances de l’architecture et de la géométrie sacrée peuvent aujourd’hui venir féconder et enrichir nos architectures contemporaines et nous aider à recréer du Lien.

Isabelle VAL DE FLOR
Architecte